04 juin 2004 Eauze – Lanne-Soubiran (28 km)
Comme chaque matin, le petit déjeuner avalé, nous reprenons le Chemin. Nous y trouvons Jean le Toulousain et Véra la Brésilienne. Ils se sont rencontrés sur le Chemin l’année précédente et ont décidé de faire une partie du Chemin ensemble. Saint Jacques réserve parfois des surprises en réunissant des êtres qui ne se seraient jamais croisés sans lui.
La pause du midi se fait à Nogaro. Pour y arriver ils ont emprunté la route long ruban en montagne russe. Ce qui est frustrant pour Jacqueline c’est de marcher seule en faisant grand effort pour rester en contact avec ses co-marcheurs. Lorsqu’ils s’arrêtent elle les aperçoit, mais à ce moment-là ils repartent dès qu’ils voient se pointer le bandana qu’elle porte en permanence et qui la protège du soleil. Il lui permet d’essuyer la sueur qui perle à son visage. Petite sieste puis café où ils voient Jean et Véra pour la dernière fois, ils font étape ici. Nous nous continuons vers Lane Soubiran.
Depuis que la pluie nous a rafraîchis, M. souffre. Il craint cette météo, il a beaucoup forcé vers Cahors et l’inquiétude perce petit à petit. La pommade des genoux de Jacqueline lui sert aussi pour masser le coup de pied de sa jambe gauche. Il s’arrête plus souvent pour admirer le paysage où regarder la carte. Au début du chemin qui mène au gîte « la Maison Labarde », il demande à ses co-marcheurs de continuer. Il doit se reposer et les rejoindra plus tard. Après des hésitations ils acceptent et le laissent pour un instant. En route ils croisent un tracteur. Jacqueline interpelle le conducteur et lui demande s’il reviendra sur ses pas. Non, il rentre chez lui et ne pourra pas ramener M. Arrivés au gîte ils cherchent un vélo. P. se propose de retourner. Il portera le sac et M. montera sur le vélo. Pas besoin M. se pointe à l’entrée. Ouf. Enfin pour une courte durée car ce sera sa dernière étape. Il souffre de plus en plus et déclare forfait.
La table de nos hôtes est accueillante. Ils gavent des canards pour le foie gras et les confits. Nous partageons notre repas avec deux dames pèlerins (ne pas dire pèlerine). Elles sont de Bretagne, sont grand-mères des mêmes petits enfants et sont parties ensemble pérégriner.
A chaque étape, nos pèlerins font tamponner leur « Carnet du pèlerin ». Si, sur le Camino français, ce n’est pas obligatoire, en Espagne, c’est un véritable passeport. Il faut le montrer pour être accepté et justifier d’un nombre de kilomètres suffisant (10 km minimum) sinon le pèlerin doit aller plus loin. M. recueille le dernier tampon de son périple et grâce à notre hôtesse, se fait transporter jusqu’à Aire-sur-l’Adour afin de prendre un car puis un train qui le ramèneront chez lui, près d’Agen.
Si, quitter un pèlerin qui est au terme de son chemin n’est pas facile, quitter un ami blessé et partir finir le sien est une épreuve. « Je marcherai pour toi « lui a dit Jacqueline. Dernière photo (ci-contre) car ils perdent aussi leur photographe. Bon, les petits il va falloir assurer.
05 juin– Lanne Soubiran – Miramont Sensacq (40 km)
Je ne met pas les km pour l'exploit mais pour nous situer.
Encore une fois ce sont les ondes qui les relient. Le portable textote « triste de vous avoir quittés. Aurais aimé aller au bout. Saint Jacques en a décidé autrement. Bon Camino. Bises à vous 2 ». Nos deux marcheurs mettent un pied devant l’autre et avancent. Il arrive souvent que des gens généreux ouvrent leur portail et offrent un café ou une boisson rafraîchissante aux pèlerins, c’est ainsi que P. et Jacqueline posent leurs sacs avant Barcelonne du Gers.
Nous traversons le pont pour entrer dans Aire-sur-l’Adour, quittant le Gers pour les Landes. La pause pique-nique au bord de l’Adour est un réconfort ainsi que le café pris en terrasse. Nous longeons la cathédrale Saint Jean Baptiste ainsi que la halle aux grains. Ensuite nous montons vers l’église Sainte Quitterie. Sainte Quitterie, princesse wisigothe décapitée pour avoir refusé d’adjurer la foi chrétienne. Sur les lieux de son exécution jaillit une source aux vertus miraculeuses. L’eau de la source permet aux pèlerins de se rafraîchir.
Et se rafraîchir, nos deux amateurs pèlerins vont en avoir besoin. P. suit le guide pour se diriger. Prenez la rue…, laissez à gauche… puis à droite…Ignorez la croix qui indique de ne pas prendre et prenez… c’est simple mais à coté du marquage il est dit « Vous pouvez aussi prendre la piste vtt » que croyez vous qu’ils fissent ? Ils prennent la piste et gambadent (enfin cheminent) sur les sentiers ombragés, se retrouvent plus bas vers un stade. Plus de marque, ils se renseignent et apprennent que le chemin est juste à l’entrée d’Aire-sur-l’Adour. Ils sont ainsi, au bout de 1 h ½, revenus au point de départ (un tour de piste gratuit). Ils repartent, remontent, assoiffés, transpirant. Soudain ils aperçoivent le marquage sur un arbre juste après la rue où ils ont tourné. Simple pourtant !!!. Le guide datant, ne leur avait pas permit de voir le nouvel itinéraire. Ils s’arrêtent pour boire une bière, remplir leur réserve d’eau. Pause bien méritée.
L’étape du jour se termine à Miramont Sensacq. Encore faut-il y arriver. P., sur l’injonction de Jacqueline, part devant avec le guide. Juste avant Miramont elle demande à un particulier son chemin, il lui indique le plus facile. Erreur car, seule, elle ne sait plus s’il faut tourner à droite où à gauche et, bien sûr, elle tourne mal. Perdue, découragée, fatiguée (le tour d’Aire a rallongé la sauce de 6 km ~) elle attendrait bien le croque-mort (vous savez celui du cimetière). Mais M. au bout du fil s’enquiert; sur ses conseils elle appelle les hôtes du gîte. Pour se situer, elle parle d’une maison avec des palmiers qui sont en réalité des bananiers. Qu’importe, ils viennent la chercher. Pascal, aussi, s’est trompé. Ils le récupèrent en route. Alors le rituel du soir peut commencer ( notre soigneur n’est plus là, mais elle se débrouille dorénavant seule). Sur place ils trouvent le repas du soir et même un peu plus pour le lendemain. Ils cuisinent. C’est à cette étape qu’ils rencontrent quatre pèlerins de Libourne, ils les reverront souvent par la suite.
A suivre ...